31.10.2009
L'Aigle et la Pie
L'Aigle, reine des airs, avec Margot la Pie,
différentes d'humeur, de langage, et d'esprit,
et d'habit,
traversaient un bout de prairie.
Le hasard les assemble en un coin détourné.
L'Agasse eut peur ; mais l'Aigle, ayant fort bien dîné,
La rassure, et lui dit : "Allons de compagnie ;
Si le maître des Dieux assez souvent s'ennuie,
Lui qui gouverne l'univers.
J'en puis bien faire autant, moi qu'on sait qui le sers.
Entretenez-moi donc, et sans cérémonie."
Cacquet-bon bec alors de jaser au plus dru,
Sur ceci, sur cela, sur tout. L'homme d'Horace,
Disant le bien, le mal, à travers champs, n'eût su
Ce qu'en faisait de babil y savait notre Agasse.
Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe.
Sautant, allant de place en place,
Bon espion, Dieu sait.Son offre ayant déplu,
L'aigle lui dit tout en colère :
"Ne quittez point votre séjour,
Cacquet-bon bec, ma mie : adieu ; je n'ai que faire
D'une babillarde à ma cour :
C'est un fort méchant caractère."
Margot ne demandait pas mieux.
Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les Dieux :
Cet honneur a souvent de mortelles angoisses.
Rediseurs, espions, gens à l'air gracieux,
Au coeur tout différent, s'y rendent odieux :
Quoiqu'ainsi que la Pie il faille dans ces lieux
Porter habit de deux paroisses.
Livre 12, fab.11
J.J. Grandville
03:53 Ecrit par Fred dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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